Bonjour colère ou l’époque des passions tristes

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Dans un monde qui n’est pas monde et un temps qui n’est pas temps, le souvenir fait défiler l’époque où Il pouvait raconter des histoires comme s’il les avaient vécues. Une nouvelle chronique de GDL, ce guerrier de l’imaginaire, passeur d’espaces.  1/3

C’était un temps où rien ne paraissait singulier même en ouvrant un livre. Seuls ceux qui pensaient avoir été créés prenaient la parole pour se réjouir ou alors pour se plaindre. Les théories de l’évolution puis de libération pouvaient être affirmées mais à l’époque, la
quasi totalité d’entre elles étaient fumeuses ou douteuses. C’était sans doute à cause d’un certain état d’esprit ou d’une façon de penser l’autre.

Les belles phrases étaient au pouvoir, tout était une question de casting. La liberté d’expression est née sur un mur qui vient de s’effondrer. « Si la culture coûte cher, essayez l’ignorance. L’alphabétisation est le combat de demain »

Slogans publicitaires. Les populations ont été classées en pourcentage d’alphabétisation ou autres PIB et CSP. Jamais en taux de sagesse et de conscience. Les individus étaient orphelins du groupe, la société tuait l’homme unique en eux, qu’ils aient été personnes, peuples, sociétés. Après enquête, sera t-il avéré que les illettrés furent bien moins dangereux, voire plus sages que les lettrés ?

À l’époque, certains lettrés ne comprenaient rien de ce qui était écrit dans leurs livres de vies. Pire, ils étaient parfois capable de comprendre mais tout à l’envers. Je croise encore des illettrés du livre qui savent lire la carte du ciel même en étant aveugles.

La singularité était devenue une arme pour faire taire cette catégorie de personnes désignées « Autre ». Je me souviens d’une auteure importante dans le paysage littéraire de France. Elle avait de manière très sombre intitulé son premier et plus célèbre roman, Bonjour tristesse. Ce titre génial qui annonçait les errements d’une époque résonnait comme un slogan publicitaire.

Les migrants étaient des expatriés, les expatriés des déserteurs

Bonjour tristesse. Interdit d’interdire. Sous les pavés la plage. Faites l’amour pas la guerre.

Imagine : tu te lèves un matin et la tristesse vient te dire bonjour tel l’ami ricoré. L’auteure s’en est allée, la tristesse est restée jusqu’à être dépassée.

Certains disaient tout haut ce que d’autres pensaient tout bas. Toutes les paroles s’étaient libérées… Si je m’en souviens bien, un collectif d’écrivains dont jusqu’ici personne n’a jamais su le nom, s’était formé. Dans un livre, ils dénonçaient l’hypocrisie des ONG, des associations humanitaires, ils disaient que les migrants étaient des expatriés et les expatriés, des déserteurs. Ce livre, publié par un éditeur aussi inconnu que les auteurs, était détesté par la critique mais adoré des gens. Son titre était une réponse à un monde d’héritage et d’héritiers. Si je m’en souviens bien, sur la première de couverture, on pouvait lire Bonsoir colère.

Souviens toi, la tristesse comme l’ami Ricoré te réveille avec un bonjour. L’époque reste la même sauf qu’en plus c’est la colère qui le soir, vient te border. Je l’ai vue car j’ai traversé ce monde. Comme d’autres, en vérité je vous le dis, c’était bien l’époque des livres, c’était bien l’époque des arbres, même si les derniers furent des saules pleureurs.

Je vous parle de ce putain de temps où même les moins et plus de 20 ans connaissent très bien. Le bonheur était devenu un concept. On se servait de lui  pour créer de l’angoisse.

Revenons à la singularité. A celle-ci, je dirais avoir entendu plein de choses dégueulasses sortir de la tête de ceux qui m’ont désigné comme Autre. Je suis arrivé pour ne plus jamais disparaître. Je suis arrivé pour ne plus jamais disparaître de la surface de la terre.

La raison est bien différente de celle du plastique. Car moi, je rêve souvent que je viens pour marquer l’Histoire à la hanche. Dieu s’occupait de l’âme humaine, l’homme de l’être humain, l’intellectuel de la civilisation.
L’angoisse se vendait le plus, peut-être parce qu’elle fait consommer.

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L’égo-trip m’a mis au chômage

Basculement dans un autre moi-même. Au départ, je m’appelle Il. Et je sers souvent de narrateur. L’égo-trip m’a mis au chômage. Comment se fait-il qu’un rappeur noir Américain à l’envergure de Kanye West s’allie à Trump? Hein ? L’Amérique garçon ! Qu’un pays comme le Brésil élise un gars d’extrême droite ? Toujours et encore l’Amérique, garçon !

Il est allongé dans un lit qui flotte dans une chambre et se voit partir. Il combat un homme qui ne veut pas le rejoindre et doit vaincre avant le lever du jour. Ne pouvant vaincre l’homme et l’histoire que l’homme racontera, il le blesse à la hanche puis change son nom. Est-ce une bénédiction de boiter ? Va savoir.

L’instant d’après, Il franchit une fenêtre et se retrouve face à l’imagination. Elle se présente sous les traits de la plus belle femme du monde connu. Les mêmes traits que l’Inspiration, la Poésie et la Musique.

Premier dialogue.

L’inspiration dit à Il :

« Ne fais pas comme les autres ne mens surtout pas devant moi. Je sais que tu as entendu les complaintes des filles et fils de et qu’à tes oreilles, ça ne sonne ni comme du blues, ni comme du gospel ni non plus de l’opéra. Tu es en colère et n’arrive pas à le cacher. Tu peux l’exprimer elle est saine. Dans le monde imaginaire, nous savons tout car ce tout est déjà pris en compte. Il, Si on te donne la parole, qu’aurais-tu envie de dire, puis d’écrire pour laisser traces ? »

Il reste silencieux comme un muet.

La beauté de l’Imagination lui aurait-il cloué le bec ?

CHANSON DE COUPE CLOUE AU LOIN.

L’imagination est une femme kolokinte. Elle peut lire dans sa tête et ne s’en prive pas.

C’est quoi cette merde, toutes ces questions d’identités me font me boucher les oreilles et les yeux. Ces idées reviennent, à croire qu’elles n’avaient jamais vraiment disparues.

Ces idées sont les démons de l’époque. La tristesse ne peut plus faire face et la colère légitime, est contaminé par un virus que les chercheurs n’arrivent pas encore à identifier. Il n’y a pas si longtemps, une ministre à été insultée de guenon par une petite fille blanche.

Cette même ministre a été représentée en singe à la une d’un journal. Tout le monde sait que déshumaniser l’Autre, c’est le soumettre à une exploitation sans limite. Des hommes très attachés à la terre ont disparus et ceux restés vivants sont comme la terre.

L’Inspiration (ou l’Imagination?) met fin à sa lecture d’Il. Comme revenu d’hypnose, Il crie :

– « Minute ! »
Surprise, l’imagination lui répond :
– « Quoi le journal ? »
– « Non, une minute pour se souvenir ».

GDL.

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