Audrée Wilhelmy : «Ça n’a jamais été un enjeu, être une femme»

Conversation avec l’écrivaine québécoise Audrée Wilhelmy : 1/2

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Crédit Photo : A.Wilhelmy

Son roman,  Les Sangs a fait grand bruit dans le paysage littéraire québécois et français. Edité chez Léméac au Canada, et aux éditions Grasset en France, Audrée Wilhelmy remporte en 2015 le prix Sade pour ce conte résolument moderne, inspiré de Barbe Bleue de Charles Perrault.

Le corps des bêtes est le dernier roman de l’écrivaine, née en 1985 à Cap-Rouge, au Québec.

A l’occasion de sa parution, nous avons rencontré il y a de cela un mois, Rue des Saint-Père, l’auteure qui s’est confié sur son univers romanesque, l’acte d’écrire, les femmes et bien d’autres aspects de son travail que vous découvrirez en deux temps. La première partie de l’interview insiste sur le projet littéraire à long terme de l’écrivaine québecoise, centré autour d’une lignée matriarcale. Avant cela, plongeons dans Le corps des bêtes grâce à ce résumé et cet avant-goût du fabuleux monde d’Audrée Wilhelmy.

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Photo by Erik Stine on Unsplash

Mie est la fille de Noé, une femme nomade, sauvage qui vit à l’écart dans sa cabane, située près d’une plage. Mie est une jeune fille de douze ans, qui porte son corps d’enfant telle une charge. Soucieuse d’ «apprivoiser sa nudité », elle aimerait que son oncle Osip la prenne comme une femme.  En attendant le moment venu, elle emprunte le corps des bêtes, par l’imagination, pour  explorer le sien et découvrir sa sexualité.  Véritable matriarche du roman, Noé intrigue sa fille et ses fils, Abel et Seth. Ils ne la connaissent pas car elle ne leur parle jamais et ne les élèvent pas. Ses enfants vivent avec la Vieille, la  mère de Sevastian et Osip. Celui-ci est captivé par Noé qu’il désire violemment et qu’il observe très souvent depuis son phare. Seulement, elle est la femme de son frère. Cela n’empêche pas Osip de venir prendre Noé dans sa cabane quand il en ressent l’envie.

Mie le fait encore. Elle chiffonne son esprit, elle imagine qu’elle tire une ficelle et qu’alors il sort par son oreille, il chatoie devant elle, malléable comme une retaille de tissus, elle le roule serré et le glisse dans un autre cerveau, celui du poisson qui va périr, celui d’une fourmi ou de l’un des très grands cerfs qui brament à l’orée de la forêt.

Personnage qui ouvre et clôt à la fois le roman d’ Audrée Wilhelmy, Mie est une voix omniprésente à laquelle le lecteur doit s’attacher pour sentir, dans le sens le plus littéral du terme, les mots de l’auteur d’Oss (2011). Quels mots ! Audrée Wilhelmy est une tisseuse d’histoires qui donnent la chair de poule. Son écriture est sensorielle, porteuse d’une charge poétique brute qui parle à l’esprit et titille le corps. Elle a l’art et la manière de dénuder les mots, de les débarrasser de leurs flatterie et parures inutiles, afin de leur rendre leur innocence. Celle des premières fois, de toutes ces premières fois qui suscitent à la fois le désir et la peur. La langue de la Finaliste au Prix des libraires du Québec pour Les Sangs, remonte aux origines, de la vie, du monde, de la création. Elle raconte la violence d’un âge primitif, cette part d’animalité que chaque homme porte en soi et  qui subsiste dans les tréfonds de la conscience humaine.

Pourquoi faut-il lire Le corps des bêtes ? Pour se découvrir encore et toujours dans l’étonnement et la crainte.  Pour se risquer à l’écoute d’une histoire où on enjambe à reculons le temps afin de retomber en enfance. Pour continuer à questionner le monde par le prisme de l’imagination. Enfin, pour le bel enchantement que suscite l’écriture d’Audrée Wilhelmy.

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Ça n’a jamais été un enjeu, être une femme 

D.É.L.I.É.E est un site qui interroge le monde, les sociétés, un site où l’on aime discuter et écrire sur des livres qui surprennent, suscitent une certaine curiosité, dérangent. « On », ce sont deux femmes qui ambitionnent de délier leurs langues, leurs pensées, leurs habitudes. Vos romans, nous ont saisis d’une façon assez étrange. Il y a un côté dérangeant, c’est le cas de le dire dans les thématiques que vous évoquez. Vous écrivez sur des tabous, des non-dits : inceste, sexualité des enfants, goût de la violence et du mal.

Écrire pour vous, est-ce une façon de lutter contre des silences ?

Audrée Wilhelmy : C’est plutôt une façon je dirais, de susciter des conversations. Il n’y a pas tant que ça une dimension de lutte  dans mon travail. J’ai beaucoup d’admiration pour les personnes qui sont très engagées. Il y a beaucoup de femmes au Québec qui sont très investies par la cause féministe, par exemple. Je suis entièrement féministe, mais j’ai un tempérament qui fonctionne mal dans le combat. Je ne suis pas à l’aise avec ça, je ne pense pas assez vite pour réagir. Je ne pense pas mon travail dans une forme de militantisme.

En évoquant les thèmes de la violence, de la curiosité de la violence, de la sexualité ou de l’inceste, l’objectif que j’avais c’était d’amener ces sujets-là sous un prisme singulier où tout à coup, tous les stéréotypes et les préjugés que l’on a sur le sujet sont un peu bousculés. Et puis, je trouve que ça force à réfléchir autrement et à se poser des questions. Le lecteur est amené à s’interroger sur ces questions par rapport à lui-même.

#L’humain

Dans vos romans et notamment dans Le corps des bêtes et Les Sangs vous jouez avec un univers particulier qu’est celui du conte. Les Sangs est une version moderne du conte de Charles Perrault Barbe bleue. Le corps des bêtes est  très ancré dans cet imaginaire par son écriture, atemporelle, mythique, ou encore son histoire centrée sur la cellule familiale.

Comment expliquer ce choix de vous inscrire dans ce genre assez hybride qu’est le conte ?

A.W : Je dirais que ce n’est pas nécessairement un choix pour commencer. C’est sûr que ça reste un univers qui est très personnel, ce n’est évidemment pas de l’autofiction mais c’est un imaginaire qui est le mien. C’est celui par lequel je pense le monde, même en général. Quand je pense au réel ça traverse le prisme de cet imaginaire-là. Au-delà de ça, ça me permet d’aller beaucoup plus loin dans l’exploration des sujets justement amoraux, tabous. Si Les Sangs ou Les corps des bêtes se passaient dans des espaces référencés, à Paris, en 2018, par exemple ; ce que je dépeins dans mes livres,  serait beaucoup plus problématique. Je devrais composer avec un univers social, un univers politique… Donc il y aurait beaucoup d’impératifs de ce type-là qui m’empêcherait d’aller aborder ce qui m’intéresse finalement, c’est-à-dire l’humain dans ses pulsions les plus primaires. Le conte est donc un univers qui vient d’abord de moi mais qui est très utile par rapport à mon projet d’écriture.

Dans le roman Les Sangs, la forme du journal sert à « l’ogre » Féléor Barthélémy Rü, de souvenirs physiquement réels. Cette forme lui permet de laisser une trace écrite de ses actes de mort sur ses femmes. Des femmes qui se donnent à lui et qui pour toutes sortes de raisons différentes demandent à être tuées.

L’un des personnages, Phélie Léanore, met en avant dans son journal, plusieurs réflexions sur l’acte d’écriture, ainsi que l’effort que cet acte implique. « Il n’y a pas de mots assez précis pour la précision d’une pensée » dit-elle. Phélie Léanore est un peu le personnage représentant l’image de l’écrivain qui fait des réflexions sur l’acte d’écriture. Est-ce que c’est vraiment vous, Audrée Wilhelmy qui pensez-cela ?

C’est une très bonne lecture de ce personnage.  Je l’ai inclus dans le roman un peu par crainte que le message ne soit pas si claire que ça. Phélie Léanore, c’est un peu un personnage clé pour la lecture du texte, entre autres, quand elle explique son rapport à la violence, à la curiosité du mal qui naît de l’ennui. J’ai été extrêmement chanceuse dans ma vie, je viens d’un milieu tranquille, des parents qui s’aiment … J’ai vécu dans un environnement qui était très sain, très enveloppant, sans être oppressant non plus, je n’étais pas surprotégée. Il ne se passait rien et je pense que mon imaginaire s’est développé de cette façon-là, par curiosité et puis par protection. La fonction du conte au départ c’était celle-là, apprendre la vie adulte à travers des fables qui en étaient des métaphores.

 J’ai l’impression que, comme enfant, mon cerveau a fait ça avec l’imagination et s’est inventé toutes sortes de scénarios catastrophes parce qu’il se passait rien dans ma vie et que je voulais être prête s’il arrive quelque chose. J’ai un peu  mis dans le personnage de Phélie Léanore, d’une certaine façon, la justification de tout mon travail et notamment quand elle explique sa curiosité pour la violence qui finalement n’arrive plus parce qu’elle était tellement imaginée, tellement fantasmée. Donc oui, il y a beaucoup  de clés de lecture dans ce personnage.

Phélie Léanore affirme aussi : «  Je pense que la violence fait partie de la vie, c’est quand il n’y en a pas qu’on s’habitue le mieux à elle, parce qu’alors l’esprit doit l’inventer pour que les choses restent en équilibre ».

Qu’est-ce-qui vous attire précisément dans ces thématiques de la violence et du mal, en particulier dans Les Sangs, lorsque vous faites des descriptions assez poussées, très crues de la chair qui se décolle, du sang qui jaillit. Votre écriture même laisse entendre cette rudesse de la violence. Lorsque Féléor par exemple étouffe une de ses femmes à l’aide de son corset … Il y a là un aspect très cinématographique.

A.W : Il ne faut pas perdre de vue que le temps de l’écriture et le temps de la lecture sont deux temps très différents. Pour moi, la scène qui est quand même la plus trash et qui est la scène de la chasse à courre, c’est un mois ou six semaines d’écriture. Ce sont des recherches, beaucoup sur les chiens de chasse,  c’est aller voir les tableaux, aller voir comment c’est écrit ailleurs. Ça devient un plaisir sonore d’une certaine façon. Quel mot je vais choisir, quelle sonorité je vais donner au texte. Ça se construit de cette façon, puis après cela, ça prend dix minutes à lire. Donc, le choc de la langue est beaucoup plus violent dans la lecture que dans l’écriture. Je suis sûre que vous pouvez vous imaginez le côté ludique de cette activité-là ! Pour l’exemple du corset surtout.

Oss, mon premier roman, est quand même assez dur comme texte. Il avait un peu heurté mes parents qui comme je disais, sont des gens bienveillants, doux, gentils. Mais quand j’ai écrit la scène du corset, j’étais malade, j’étais alitée. Je suis retournée  quelques jours chez mes parents  pour me reposer. J’ai discuté de la scène du corset avec ma mère parce que je cherchais une façon de tuer un de mes personnages. Je lui ai expliqué un peu le contexte, je lui ai fait lire un peu le journal… Elle a eu tellement de plaisir à essayer de retrouver avec moi de quelle façon on pourrait décrire telle ou telle chose, quels mots employer ! Une fois qu’on est dans la création, c’est extrêmement différent que dans le temps de la lecture, ça devient un jeu. Dans Les Sangs, les personnages féminins sont tellement intenses, tellement exagérées qu’elles en deviennent amusantes, surtout le personnage de Frida.

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Crédit Photo : A.Wilhelmy

#LaFemme

Parlons de la représentation du corps des femmes dans Les Sangs. Le corps des femmes dans ce roman est sujet mais aussi beaucoup objet. Il est décrit de manière hyperbolique, crû, mis en scène. C’est un corps qui est possédé, qui demande à être possédé.

Cette insistance sur le corps, la chair, les rondeurs, les formes, est-ce juste pour aborder cette question du plaisir féminin et dire que la femme est sujet de son plaisir ou est-ce aussi pour signifier autre chose. Dans certains romans aujourd’hui, le plaisir féminin est montré de façon assez fantasmée, parfois un peu stéréotypée. Vous vous inspirez d’une tradition assez classique, un de vos personnages lit notamment le marquis de Sade.

A.W : La principale chose qui m’intéressait dans Les Sangs, c’était de parler de l’appropriation des femmes de leurs propres désirs en le poussant jusqu’à la question de la mort. C’est sûr que c’est quand même une grande amplification, mais c’est un procédé qui est propre au conte. Quand on parle du Petit Chaperon rouge et qu’on parle d’un loup, on ne parle pas d’un loup littéral. Pour moi la mort,  peut être associée à l’orgasme, il y a même l’expression « petite mort » qui veut dire jouir quand même … Il y a des femmes qui s’approprient et qui assument pleinement leur corps, leurs fantasmes, leurs pulsions. Surtout des pulsions qui sont peu communes, qui sont tabous en générale  et qui sont plus primaires. Donc, cet enjeu-là m’intéressait.

Après cela, la raison pour laquelle je parle autant des corps et de la chair, ce côté très organique, c’est aussi parce que je voulais créer un effet chez le lecteur lui-même. Je voulais que le lecteur se confronte à ses propres tabous, à ses propres réserves ; dans le sens où rationnellement si on prend le texte du point de vue littéral, c’est-à-dire des femmes qui demandent à leurs maris de les tuer, on sait que ça a pas de sens. Mais je voulais que ça crée une excitation, une réaction physique, de dégoût mais d’attrait en même temps, liée à la sexualité et liée aux fantasmes très primaires. La chasse à courre, être poursuivi par des loups, c’est une chose qui fait partie de l’esprit humain de façon primitive. Je voulais parler à cet aspect-là du corps, au-delà du cerveau, passer par la chair du lecteur aussi et surtout faire en sorte que le lecteur le ressente.

Les personnages les plus troublants, les plus complexes de vos livres, sont des femmes. Vous peignez ces dernières de manière osée. Les personnages féminins sont forts et audacieux, notamment  Noé, dans Le corps des bêtes. C’est une vraie chef de famille, elle est à la fois femme et homme. Noé ça évoque en nous aussi l’Arche de Noé, le mythe biblique. Elle a le privilège de vivre seule dans sa cabane, qui est un peu son Arche. Elle aime rester seule et ne souhaite pas être entourée de ses enfants. Elle tient beaucoup à cette tranquilité.

A.W : C’est un trait assez paternel en général…

Exactement. Noé est omniprésente pour les autres personnages qui ont vraiment besoin d’elle pour leurs besoins primaires, pour manger par exemple. Je pense à la scène de dépeçage de la baleine.  

Dans Les Sangs, les femmes ne sont pas des victimes

A.W : Noé produit toutes les matières premières à partir du dépeçage de la baleine : le cuir sert à quelque chose, la graisse aussi…

Noé est aussi là pour assouvir les besoins sexuels des hommes dans le roman, son mari Sevastian et le frère de celui-ci, Osip. Noé est donc un personnage indépendant, libre et un peu sauvage, mais en même temps elle semble dépendante des hommes, elle se laisse prendre à la fois par son mari, le frère de celui-ci comme si c’était un devoir pour elle. Mais à un moment du livre vous parlez de son envie de fuir après que Mie soit née, elle veut partir elle veut prendre la mer, mais Osip, l’en empêche.

Souhaitiez-vous interroger la place de la femme dans nos sociétés à travers ce personnage ?

A.W : En fait, c’est le cas dans mon travail au complet. C’est beaucoup en écrivant Le corps des bêtes et aussi en travaillant sur mon prochain roman que je comprends finalement, ce que va devenir mon projet littéraire à long terme. Il porte beaucoup sur cette lignée matriarcale, de femmes très fortes extrêmement enracinées dans la nature, et finalement beaucoup plus primaires par cette relation-là. C’est le cas de Noé. Mie aussi, sa fille, est très liée à la nature. Elle est forte d’une autre façon. C’est une enfant qui a une force intérieure très grande.  Il est certain que mon univers est un univers de femmes. Il y a un millions de raisons à cela. D’abord, j’ai vécu seulement entourée de filles et de femmes dans ma vie, excepté pour mon père qui était très présent. J’ai trois sœurs, j’ai été dans une école avec juste des filles pendant onze ans de ma vie, école où il y avait juste des femmes qui enseignaient ou à quelques exceptions près. Puis,  dans la rue où j’habitais il n’y avait que des filles. Nous étions neuf et il y avait cinq ans d’écart  entre la plus jeune et la plus vieille. Je n’ai vécu qu’avec des filles dans ma vie. Je n’ai jamais eu d’obstacles à quoi que ce soit dans mon enfance par rapport au fait que j’étais une fille. Même dans le sport, on était juste des filles. Ça n’a jamais été un enjeu, être une femme et ça n’a jamais fait partie du discours qui m’entourait.  Quand je suis arrivée à Montréal, dans un univers qui était plus féminin et masculin, je me suis rendue compte que pour d’autres c’était un enjeu.

Au-delà de ça, la question du rapport à la nature m’intéresse immensément, puis pour moi elle est féminine, elle n’est pas masculine cette notion-là. Ces femmes fortes, libres, vont être au centre de mon travail. J’ai souvent été tannée de la représentation de la femme comme victime. Noé se fait prendre par son beau-frère et son mari, mais c’est assez secondaire, c’est même pas un moment à passer rapidement, c’est juste que ça fait partie de la vie. Elle est très proche de l’animale donc. Puis, la sexualité chez les animaux n’est pas tendre, elle n’est pas délicate. Il y a un ludisme qui est mélangé à l’agressivité dans la sexualité des animaux qui devait faire partie de la nôtre naguère quand on n’était pas encore civilisé. Noé n’est pas une victime, Mie n’est pas une victime. Dans Les Sangs, les femmes ne sont pas des victimes. C’est beaucoup cela qui m’intéresse aussi.

#MeToo

Que pensez-vous du mouvement #Metoo

A.W : Mes romans ne s’inscrivent pas beaucoup dans cet aspect-là. Ils présentent un autre aspect des agressions qui est la résilience, puis la non victimisation. #Metoo vient donner une parole pour dénoncer, alors que mes personnages montrent plutôt la force de la femme par rapport à cela. Dans mon roman Oss, Noé se fait vraiment agressée. Ce n’est pas définitoire pour elle toutefois. Donc on est beaucoup plus dans la résilience que dans la dénonciation.  #Metoo était extra nécessaire mais mes romans sont dans une autre étape liée à la féminité, qui est de ne pas se construire comme victime, malgré ces choses-là.

Phélie Léanore dit à un moment à propos de Féléor, que tout le monde sait dans la cité, qu’il a tué ses femmes. Mais il est riche, donc il n’aura rien. Il y a un fort écho avec le mouvement Me too.

A.W : C’est vrai en même temps , mais j’espère que ce mouvement-là aura permis que l’impunité soit … qu’il y ait un minimum de conscience, que quelque chose qui se passe quinze ans plus tôt, puisse revenir te hanter au moment où tu t’y attend pas. Cette peur-là peut servir pour restreindre les ardeurs de certains… Mais de fait, ce n’est quand même pas une surprise que certains ont une impunité et pas d’autres….

C’est comme ça que fonctionne le monde, c’est ce que dit Phélie… Vous disiez tout à l’heure que vous étiez féministe. Noé a donné la vie mais elle semble ne pas se soucier de ses enfants, elle ne leur parle pas, et ne vit pas auprès d’eux. D’ailleurs Mie le précise, et affirme à propos de Noé qu’elle est « une mère pondeuse qui fabrique des enfants mais ne s’en occupe pas ». Noé est-elle pour vous un personnage féministe par ce refus de jouer le rôle de mère ?  

A.W : Je ne sais pas si on peut dire féministe, en l’occurrence, c‘est un personnage qui est libre. Même en étant pris quelque part, elle est libre. C’est aussi un personnage qui d’une certaine façon incarne mon rapport à la fiction et qui finit par devenir la fiction elle-même. Donc c’est plus dans ce sens-là que la fiction n’a pas d’attache, pas de prises, on peut aller partout. Noé est cela et elle l’est en dessinant ses cartes, elle l’est en fabriquant les animaux qu’elle invente, elle l’est avec ses enfants. Ce geste-là, abandonner ses enfants, n’est pas tant féministe mais traduit une extrême liberté, celle de l’écrivain et de l’écriture.

C’est une belle métaphore,  pas forcément facile à déceler.

A.W : Je ne pense pas à cela quand j’écris. Je le pense après coup. J’ai une écriture qui est très, très organique donc qui part du ventre et de ce qui m’habite. Mais après, on est forcé de regarder par toutes sortes de questions qui nous sont posées. C’est là où je perçois que  le personnage de Noé est peut-être plus une incarnation de l’écriture.

Noé est reine des abeilles. Ces reines qui partent sans attendre de voir si la nouvelle souveraine sera assez forte pour la remplacer.

A suivre…

 

Propos recueillis par Guileinne Bossé et Yslande Bossé. 

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