Non, Yann Moix, l’exil n’est pas un destin

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Crédit photo : Pelly Benassi / Unsplash

Lettre d’un enfant d’exilé.

Je suis le fils de l’un d’entre eux. De là où nous sommes, nous savons que l’idée est de priver l’humain des connaissances de la terre. Pourquoi cette idée ? Nul ne le sait. Ce que je sais, c’est que l’époque actuelle ne laisse entendre que les paroles de bandits de la misère.Enfant d’exilé, je me vois aujourd’hui comme une sorte d’historien du quotidien et comme d’autres avant moi, je rêve d’être un auteur de mon époque.

Je suis quelque part, j’imagine des histoires. Mon téléphone vibre: « Va voir ce qu’a écrit Yann Moix dans Libé. Il s’en prend au président à propos des migrants. C’est une lettre ouverte ».
L’article à proprement parler, je n’y prête pas vraiment attention. Mais avant d’aller me coucher, je le parcours assez rapidement avec un drôle de sentiment.
Le lendemain, je me lève, allume la radio et tombe sur la voix de l’écrivain en question, qui se trouve être aussi chroniqueur pour une émission très suivie dans la boîte à images. Il est plutôt mal aimé par la masse des gens. Je crois qu’il est mal aimé pour différentes raisons. La principale selon moi, est qu’il ressemble à ce qu’on peut désigner comme un mauvais camarade. Je lui laisse bien sûr le bénéfice du doute.

Cependant en l’écoutant, et en l’observant, je l’imagine enfant dans une cour de récré. Il est le type de garçon qui dans ce monde si singulier de l’enfance est rejeté par les filles. Non parce qu’il est foncièrement vilain ou peu intelligent, mais parce qu’il est désagréable et manque de charisme. Les garçons le rejettent pour les mêmes raisons. Aujourd’hui adulte, cet homme est un intellectuel qui cherche semble t-il à se réconcilier avec son enfance. Malheureusement, de lui se dégage encore cette idée plausible : il doit être un mauvais camarade. C’est en tout cas la manière dont je perçois les choses. Encore une fois, je lui laisse le bénéfice du doute.

L’auteur de cette lettre ouverte a donc choisi de jouer dans la cour du monde de l’esprit.
Il est écrivain, une autre espèce d’intellectuel. Il cultivera dès lors une forme d’intelligence qui lui permettra d’avoir des prix littéraires. Il est confortable de savoir apprendre à s’en sortir par des citations de Levinas. Mais dans quel but, toutes ces longues phrases sont-elles dites ?
Prononcer des longues phrases, jouir de la citation apparaît pour certains (parfois malgré eux) comme un moyen d’être choisi comme futur petit bourgeois. L’objectif de ceux qui permettent à quelque uns de faire partie de la secte des petits bourgeois est de les voir devenir des petits dégénérés. Un bourgeois peut acheter des titres de noblesse mais n’aura jamais la noblesse du cœur.
On peut bien apprendre ses leçons et passer pour intelligent. On ne peut, en aucun cas apprendre à avoir l’Aura, ou le Charisme. On les a ou on ne les a pas. Travailler pour les avoir se voit et n’attire souvent que le mépris. Je pense que certains intellectuels partent à la recherche de ce don naturel qu’est le charisme. Lui, Yann Moix parle depuis quelques temps déjà dans une boîte à images. Auparavant, il écrivait et à même réalisé un film à succès. Podium. C’est depuis qu’il est dans la boîte à images que les gens le reconnaissent dans la rue.
Par contre, les gens n’ont plus idée de ce qu’il a écrit. Passer dans la boîte à images donne confiance. Alors, désormais, il croit avoir l’intelligence et le charisme nécessaires pour tenter un coup d’éclat.

 

AUCUNE FATALITÉ N’A DONNÉ NAISSANCE A LA JUNGLE DE CALAIS

 

Monsieur Moix a écrit :

 

« vous humiliez la France en humiliant les exilés. Vous les nommez « migrants » : ce sont des exilés. La migration est un chiffre, l’exil est un destin ».

 

Il a aussi écrit :

« Vous avez instauré à Calais, monsieur le Président, un protocole de la bavure ».

 

Il écrit cela, en sachant qu’un président digne de ce nom ne s’occupe pas de la question des migrants. Je me souviens des critiques infligées au président précédent, qui s’était exprimé en direct à la télévision sur le sort de Léonarda Dibrani. L’affaire avait fait grand bruit.
Les éditorialistes politiques avaient signé la scission entre l’ancien chef de l’Etat et son ministre de l’Intérieur, connu pour sa fermeté quand il s’agit des questions d’immigration. Bref. L’intervention présidentielle avait bien eu lieu. Mais la forme et le contenu de cette intervention n’avaient pas plu.
Depuis qu’il a écrit cette lettre ouverte, l’auteur de Jubilations vers le ciel n’en finit pas de faire entendre sa voix indignée. Un matin, je l’ai écouté s’exprimer sur une radio publique. J’ai décidé de prendre la plume afin de l’interroger à mon tour.

« Monsieur, d’où parlez-vous et qui êtes-vous ?
Il aurait été cool de lutter contre l’injustice des plus forts sur les plus faibles partout, à tout moment, de tout temps et en tout lieu. Je suis sûr alors que la sincérité de votre indignation serait aujourd’hui comprise, du moins par moi, enfant d’exilés haïtiens.
Pour le moment, elle m’est incompréhensible. Pourquoi ?

Les violences que vous signalez, celles que vous avez VUES et que vous avez FILMÉES se déroulent tous les jours sur des territoires qui ne sont pas nommés la JUNGLE mais qui se situent tout de même sur le sol français. Les violences dont vous avez été le témoin fracassent tous les jours des citoyens français, ceux qu’on qualifient de « seconde zone », « d’ issus de »…
Je me souviens d’une matraque qui avait accidentellement glissée dans l’anus d’un jeune Français qui aurait pu être un migrant. Est-ce parce qu’il est Français que vous n’avez pas pris la peine de faire un documentaire sur lui ? Savez-vous que si on traitait mieux les Français aux faciès (ou non) d’exilés, de migrants, vous n’auriez pas eu besoin de faire ce coup d’éclat, monsieur Moix ?

Lorsque les gens parlent de Jungle, il faut qu’ils sachent ce qu’est une Jungle.
Lorsque les gens disent que l’exil est un destin, il faut qu’ils aient une idée de ce qu’est l’exil ainsi que le destin.

Car, c’est en vivant là où il nous est possible de vivre qu’on peut réaliser son destin.
Bien sûr que le migrant ou l’exilé doit être défendu. Vous prenez fait et cause pour le migrant ou l’exilé, et c’est tant mieux. Mais j’observe et je vois qu’il est possible aujourd’hui pour un artiste de se servir d’une cause afin de promouvoir sa propre personne. Le narcissisme peut mener à la vanité.

Défendre les migrants. Oui! Les associations humanistes l’ont toujours fait et ont tout mon respect. Quant à vous, Monsieur Moix, merci de vous servir des migrants (tant pis si vous abhorrez ce mot) pour Pouvoir vous opposer personnellement au Chef de l’Etat de votre pays. La démocratie est le moins pire des systèmes paraît il. Alors, il est plaisant qu’il vous soit possible de vous adresser dans les termes qui sont les vôtres à ce jeune président. Ce président que vous enfermez dans un piège rhétorique assez simple. Il est au courant des abus que vous dénoncez et laisse faire, donc c’est un salaud. Il n’est pas au courant mais le devrait, donc c’est un incompétent.

Savez-vous, Monsieur Moix que beaucoup d’entre nous travaille pour une idéologie.
Là où je vous crois sincère, c’est sur le fait que vous n’ayez jamais caché celle que vous défendez. Si je vous réponds, c’est que je vous comprends. Je peux donc vous souligner que vous jouez plutôt bien votre partition mais elle n’est pas sans fausses notes.

Je suis le fils d’un exilé. Mon destin à été autre, je l’accepte, mais je sais aussi que l’exil n’est pas un destin. Aucune fatalité ne donne naissance à des lieux comme La Jungle de Calais. Des causes, des circonstances, des contextes, des conséquences peuvent être le fruit des horreurs que vous avez décrites mais en aucun cas, l’exil que vous semblez si bien comprendre et enfermez dans une coquille conceptuelle, n’est un destin. »

Pourquoi personne ne demande à ce monsieur ce qu’il connaît de l’exil pour affirmer qu’il est un destin ? J’ai pris la plume car je suis le fils de l’un d’entre eux.

G.D.L

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