Wole Soyinka, une voix à entendre

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Les citations d’écrivains sont, pour les meilleures, de véritables séductrices de la pensée. Elles touchent l’âme et fonctionnent comme des coups de foudre en amour. Extraites d’une œuvre ou de la bouche même de son auteur, certaines d’entre elles sont condamnées à la postérité, telles ces épitaphes dont sont ornées les pierres tombales. L’écrivain haïtien Jean-Claude Charles pense lui,  que “toute citation est une infidélité” mais aussi une “prise de pouvoir sur la parole de quelqu’un, enfermement dans sa propre parole”.
Comment cela pourrait-il en être autrement ? La littérature et les mots eux-mêmes sont infidèles une fois jetés sur la place publique par leurs géniteurs…

« L’homme meurt en tous ceux qui se taisent devant la tyrannie »

Extraite du livre Cet homme est mort (The Man Died pour l’édition originale, publiée pour la première fois en 1972) de l’écrivain nigérian Wole Soyinka, une telle citation ne peut rater sa cible. Tranchante, elle prend son lecteur à la gorge et l’incite à entendre ce “message” adressé à la communauté des hommes.
Elle est aussi à l’image de son auteur, un de ces écrivains pour qui écrire est encore une arme redoutable contre nombre de maux de notre société actuelle comme l’injustice, l’inégalité des hommes, la guerre, le terrorisme ou le racisme.
The Man Died est à l’origine des notes de prison que Soyinka rédige durant la guerre civile du Nigeria (1967-1970). Incarcéré dix-huit mois, sans aucune forme de procès, la tyrannie humaine il ne la connaît que trop bien et ses notes sont avant tout un témoignage de son expérience personnelle de prisonnier.

Je témoigne des étranges et sinistres chemins de traverse de l’esprit soumis au régime cellulaire, des étranges monstres que ce régime enfante. Il est certain que tous ceux qui enferment les gens et que tous les geôliers en sont conscients; qu’ils créent de telles conditions d’existence pour tous ceux dont ils redoutent l’esprit.

Soyinka se révolte à l’époque contre la dictature qui sévit dans son pays et soutient le mouvement d’indépendance du Biafra, du nom de cette région située dans le nord-est du Nigéria et qui a été le théâtre de violences durant la guerre civile. Condamné à mort en 1994 et contraint à l’exil par la dictature militaire de Sani Abacha, il ne retournera sur sa terre natale qu’à la mort de ce dernier.

Que son passé parle à son présent (This Past Must Address Its Present ) est un discours aux résonnances actuelles. Soyinka nous livre là un élixir contre toute déviance faite à la nature humaine. Au centre de son propos ? L’Homme noir. Deux substantifs à l’association grammaticale, autrefois douteuse.
L’écrivain s’exprime en tant qu’homme noir orphelins de frères, torturés, assassinés, car on leur refusait le qualificatif d’être humain. Prononcé dans un contexte des plus chaotique, pour le continent africain, à savoir l’apartheid en Afrique du sud, Wole Soyinka ne nous livre pas uniquement des réflexions sur le racisme, mais une vraie leçon d’humanité. Ce discours fait figure de rappel pour la société et le monde entier.
Il est un appel à  se souvenir que la raison et le progrès, en ses formes multiples, sont des denrées humaines rares à cultiver sans cesse contre toutes formes d’injustice et de barbarie, que malheureusement, l’homme peut aussi produire à la perfection.

 

« Le monde entier a une grande leçon à tirer de la capacité de pardon des peuples noirs »

 

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QUI EST WOLE SOYINKA ? 

J’ai toujours apprécié lire les écrivains de la trempe d’un Wole Soyinka. L’expérience politique intimement mêlée à l’expérience de l’écriture littéraire est sans doute ce qui me séduit le plus chez eux. En France, on parlait il n’y a pas si longtemps, d’écrivains engagés. Aujourd’hui si ce mot semble faire peur, il paraît également que l’engagement ne soit plus trop en vogue chez les écrivains français ou de langue française. Le politique porterait atteinte à l’art, à ce que certains nomment « esthétisme ». Pour d’autres, au contraire, tout art est foncièrement politique. Une certaine catégorie d’écrivains est, quant à elle, assignée d’office au qualificatif
d’« écrivains politiques » …

Soyinka a fait parler de lui dans les journaux, peu de temps avant le second tour des élections présidentielle aux Etats-Unis, en novembre 2016.  Lors d’une conférence donnée à l’université d’Oxford, l’auteur s’est confié devant un parterre d’étudiants, sur son intention de détruire sa carte verte, si Donald Trump l’emportait face à Hillary Clinton. L’information fut relayée ce même mois de novembre par le magazine nigérian, The Interview.
Si la destruction est bien sûr symbolique, car d’aucuns pensent qu’il ne l’a certainement pas jetée aux détritus, Soyinka a confirmé qu’il s’était débarrassé de sa carte verte après l’élection de Trump. Désormais, s’il doit absolument se rendre aux États-Unis, l’auteur affirme qu’il ferait la queue comme tout un chacun afin d’obtenir un visa. Ce qui est intéressant n’est pas tant de savoir de quelle façon il s’est débarrassé de cette fameuse carte verte, mais de relever cette admirable indignation, cet acte de la parole. Parler pour ne rien dire n’est pas le lot de cet écrivain viscéralement attaché à la liberté.

« Walls are built in the mind, and Trump has erected walls, not only across the mental landscape of America, but across the global landscape. »

Donald Trump érige des murs anti-immigration qui entravent la liberté des hommes à circuler et il en érige également dans les consciences. Pour Soyinka, l’élection d’un président tel que Trump à la tête de la première puissance mondial, a été ressentie comme un désastre.

Né en 1934, à Abeokuta, près d’Ibadan, au Nigéria, Wole Soyinka est un écrivain aujourd’hui reconnu pour l’ensemble de son œuvre qu’on peut qualifier de plurielle.
A la fois dramaturge, romancier et poète, il est une espèce de caméléon littéraire. Son théâtre mêle souvent traditions de la culture yoruba et techniques de mises en scène occidentale en langue anglaise. A dance of the Forests, (La Danse de la forêt) la première pièce du dramaturge et metteur en scène, écrite à l’occasion de l’indépendance du Nigéria en 1960, en est un parfait exemple. Le Nigeria et son effervescence politique et plus généralement le continent africain, occupent la toile de fond de ses écrits. Le Professeur Wole Soyinka, comme on le nomme aussi parfois, ne serait pas devenu l’écrivain qu’il est aujourd’hui sans les combats politiques ayant jalonné sa carrière. Menés contre l’intolérance, l’injustice et le racisme, ils sont surtout des combats  pour l’Humain envers et contre tout.

Dans sa présentation de Tous les Discours de réception des Prix Nobel de Littérature (2013), édité par Flammarion,  Eglal Herrera, traductrice et auteure de plusieurs livres pour enfants chez Actes Sud, revient sur le testament d’Alfred Nobel, signé à Paris un an avant sa mort. Celui qui prête son nom à l’un des prix littéraires le plus honoré au monde, recommande l’attribution du Prix Nobel de littérature à l’auteur d’une œuvre soutenue par un puissant idéal. Le premier écrivain noir à recevoir le prestigieux prix Nobel de littérature en 1986,  est animé par un idéal au nom précis : Nelson Mandela.

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Dédié à “ Madiba”,  “Que son passé parle à son présent”, est le titre du discours de réception qu’a prononcé Soyinka à Stockholm, comme le veut la tradition des conférences Nobel.  Depuis le début des années 1960, Nelson Mandela est emprisonné et condamné à vie à des travaux forcés à Robben Island, en Afrique du sud.
Jugé pour  » terrorisme », en 1986, les pourparlers politiques entre Mandela et le gouvernement sud africain avancent lentement. En 1986, le principal instigateur du Congrès National africain (ANC) a encore près de trois ans et quelques mois, à passer en captivité, avant sa libération en 1990. Toujours en 1986, Wole Soyinka, premier noir et premier africain à être distingué par l’une des plus prestigieuses consécrations littéraire au monde, consacre lui-même son discours de réception à celui qui est devenu en 1994, le premier président noir de toute l’histoire de l’Afrique du Sud.

L’histoire est hautement symbolique et entre en collision avec l’autre, son aînée parée d’une majuscule.

Et c’est bien elle, Madame Histoire qui occupe le premier rôle du discours de Soyinka

C’est bien elle qu’il apostrophe, qu’il somme de parler avec urgence

C’est bien elle qu’il somme de regarder en face

C’est bien son regard qu’il nous faut affronter

C’est bien elle qui nous demande : Qu’avez-vous fait de moi ?

 

 

QUE SON PASSÉ PARLE A SON PRÉSENT : SCÉNARIO

Résumé.

Le principal destinataire du discours de Wole Soyinka est la communauté des hommes. Son discours est un plaidoyer incisif contre le racisme. Soyinka se met en scène en employant le « nous » et interpelle le monde sur cette « société paria qu’est l’Afrique du Sud de l’apartheid ». Ses doléances ? Que les hommes noirs soient enfin pris pour ce qu’ils ont toujours été, des « êtres aussi humains » que les hommes blancs. Son principal destinataire est le temps PRÉSENT qui n’a tiré aucune leçon de son père le PASSÉ d’un monde ayant accumulé mensonges sur mensonges en inventant l’homme « noir ».

Scénario.

SOYINKA : Une scène assez curieuse, que nul n’avait écrite, s’est déroulée un jour dans les coulisses d’un théâtre de Londres, en même temps que la représentation prévue était donnée au public. Un acteur refusa d’entrer en scène pour y jouer son rôle. La scène était celle du Royal Court Theatre, à Londres, en 1958. Les acteurs n’étaient pas tous des professionnels ; en fait c’était en majorité des écrivains qui avaient formé un groupe pour créer et jouer des pièces.

LECTEUR : Faisiez-vous partie des acteurs en question ?

SOYINKA : L’acteur récalcitrant, si vous ne l’avez pas encore deviné, il ne s’agissait de nul autre que de l’homme qui s’adresse à vous maintenant. Le spectacle était une improvisation sur un évènement. Ceux qui ont une longue mémoire politique se souviennent peut-être des événements survenus au camp de Hola, au Kenya, pendant la lutte de libération mau-mau. Onze détenus furent tués, tout bonnement battus à morts par les responsables et les gardiens. L’enquête habituelle fut menée, et c’est en fait le rapport auquel elle donna lieu qui constituait essentiellement le texte du spectacle.

LECTEUR : Pourquoi avoir refusé de jouer sur scène ? Le rôle vous déplaisait-il ?

SOYINKA : La scène était surréaliste ! On m’avait attribué le rôle d’un gardien du camp, de l’un des tueurs. Nous avions d’énormes matraques et, tandis qu’un récitant lisait le témoignage de l’un des gardes, nous devions lever lentement nos gourdins, puis, en une sorte de rituel, les abattre sur les nuques et les épaules des prisonniers, répondant aux ordres des officiers blancs responsables du camp.

LECTEUR : En quoi tout ceci paraît-il surréaliste ?

SOYINKA : Ce spectacle me paraissait indécent, un peu comme le bras déformé qu’un lépreux exhibe sous le nez du bien portant pour éveiller chez lui un sentiment charitable. Nous avions joué deux versions des évènements. La première version insistait sur l’impassibilité des détenus, résolues à n’opposer aucune résistance. Dans notre mise en scène, ils avaient décidé de faire grève et refusaient de travailler tant qu’ils n’obtiendraient pas de meilleures conditions de détention. Accroupis par terre, refusant de bouger, les mains croisées derrière les genoux, dans une attitude de défi silencieux. Un petit cercle d’officiers blancs, armés, saisissait le gourdin de l’un des gardiens pour montrer comment frapper un être humain sans laisser de traces.

LECTEUR : Et dans la seconde version ?

SOYINKA : Selon cette seconde version, les prisonniers étaient effondrés, foudroyés, par le poison contenu dans l’eau qu’ils venaient de boire. Notre mise en scène montrait les prisonniers faisant la queue devant un camion-citerne, pantelants de soif. Dès que les deux ou trois premiers hommes à avoir bu commençaient à se tordre de douleur, les gardes plein d’humanité se précipitaient pour arrêter les autres, mais en vain…

LECTEUR : La mise en scène était donc surjouée. Mais le théâtre doit-il forcément coller à la réalité d’un évènement représenté ?

SOYINKA : Selon moi, il s’agissait là d’un conflit dont sont victimes la plupart des écrivains. Quand la réalité ne tolère-t-elle pas la représentation théâtrale ? Quand est-il inconvenant d’employer la fiction ?

Dans cette tentative de recréation du crime commis au camp de Hola, un phénomène me frappait plus fortement que toute autre chose. Dans tous les témoignages des officiers blancs, il se manifestait, exprimé directement ou à travers leur détachement professionnel vis-à-vis du massacre qui s’était déroulé sous leurs yeux : à aucun moment ces responsables blancs n’avaient réellement ressenti l «altérite » humaine de leurs victimes. Manifestement, ils ne percevaient pas leur réalité d’êtres humains. Des animaux, peut-être, ou une forme nuisible de vie végétale, mais certainement pas des hommes.

 

QUE SON PASSÉ PARLE A SON PRÉSENT : UNE APOLOGIE DE L’HUMAIN

 

 

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On pourrait s’étonner qu’un discours aussi virulent, constitue un discours de réception d’un prix Nobel. Imaginez Soyinka devant un parterre de convives, majoritairement blanc certainement, déclamant ses mélopées destinées à rafraîchir la mémoire du monde européen quant à ses exactions commises sur les peuples noirs :

« Car la race noire sait qui elle est, et elle est simplement satisfaite de le savoir. C’est l’Europe qui a cherché avec une ardeur extrême à se redéfinir à travers ces rencontres, même quand elle paraissait vouloir donner une signification à l’expérience du monde africain. »

 « C’est la même largeur d’esprit qui a façonné les relations qui existent aujourd’hui au sein des nations coloniales d’antan, dont certaines ont subi les formes les plus cruelles du colonialisme quand, dans les plantations, la cupidité et l’exploitation portaient l’avilissement de l’homme à de tels sommets que l’on tranchait oreilles, mains et nez si les quotas de production n’avaient pas été atteints. »

 « Jamais la race noire n’a essayé d’assujettir ou de convertir autrui par la force, animée d’un zèle évangélisateur reposant sur la conviction de détenir la vérité suprême. La guerre pour des raisons économiques et politiques, certes ! mais jamais pour des motifs religieux. »

Wole Soyinka, en tant qu’homme noir et premier africain lauréat du Prix Nobel de littérature, est parfaitement conscient du pouvoir symbolique que lui confère son Nobel. Mais cela est-il suffisant ? « Des réunions comme celle-ci servent-elles à quelque chose ? » est aussi la question qu’il se pose.
La défense de l’humain déployée dans ce discours, est une urgence. L’Afrique du sud sous apartheid est un Etat malade, victime d’un « virus atavique qui défie toute explication scientifique ». Le régime de l’apartheid est « un arrêt du temps dans l’impératif évolutionniste de la nature ». Si l’Afrique du sud avant apartheid a su tirer les leçons de l’Histoire en 1919, quand les laissez- passer des indigènes furent brulés, celle de l’apartheid est totalement dépourvue du sens de l’Histoire. Soyinka nous rappelle que ce régime n’a pas toujours sévit en Afrique du sud. Institué en 1948, il est l’œuvre d’un « présent suicidaire et anachronique » comparé à un enfant têtu refusant de grandir alors même que le monde grandit en lui…

L’honnêteté poignante des propos de Soyinka va de pair avec la nécessaire marche de l’Histoire en 1986. La fin de ce véritable « affront au genre humain » qu’a été ce régime de l’apartheid et la fin du racisme, sont des impératifs. Si l’un a été enterré, l’autre continue de sévir et sa fin semble bel et bien un puissant idéal.

 

UNE BOUCHE POUR CELLES ET CEUX QUI N’EN ONT POINT

 

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Que son passé parle à son présent
est un discours que Soyinka adresse à ceux qu’ils nomment « les autres ». Les Noirs, eux, ne font partie de cette catégorie.
Les « Noirs eux, sont bien sûr enfermés dans une condition sans ambiguïté : en cette occasion, il est inutile que je m’adresse à nous ».

L’écrivain fustige précisément la passivité des leaders politiques, incapables de sanctionner politiquement un pays comme l’Afrique du sud, « enclave de l’apartheid ». Il dénonce avec véhémence « ces dirigeants internationaux au double langage et aux moralités multiples ». Si Soyinka ne cite aucun nom, il n’hésite pas à citer le discours ambiant de l’époque : « Pour ma part, je trouve les sanctions politiques moralement répugnantes ». La passivité que dénonce Soyinka est bien celle d’une démission politique, d’un renoncement aux droits humains, d’une catégorie d’hommes jugés inférieurs à d’autres, jugés supérieurs ; et ce, en 1986.
A cette date pourtant, en Europe, un Noir reçoit pour la première fois le prix Nobel de littérature. Cette contradiction, cette déraison, cet aveuglement des « autres », l’auteur la clame haut et fort, rappelant que l’homme se tenant devant cette assemblée est aussi « noir » que celui « que vous avez tué, mutilé, réduit au silence, torturé, exilé, avili, déshumanisé » et « dont la chair palpitait sous cette même peau, dont la tête était couronnée de cette même chevelure ».

 Soyinka réfléchit sur le racisme à l’aune de sa propre expérience :

 Celle d’un homme noir, d’un Africain Né au Nigéria, ayant grandi dans son pays natal
Celle d’un homme noir, d’un Africain Etudiant à l’étranger, à Londres, pour suivre des études de théâtre
Celle d’un homme noir, d’un Africain Comédien à la Royal Court Theater de Londres
Celle d’un homme noir, d’un Africain Ecrivain à l’œuvre prolifique : poèmes, romans, théâtre, essais
Celle d’un homme noir, d’un Africain Défenseur du genre humain et donc de tous les hommes
Celle d’un homme noir, d’un Africain Emprisonné dans son propre pays natal
Celle d’un homme noir, d’un Africain Récompensé pour l’ensemble de son œuvre par le Prix Nobel de Littérature
Celle d’un homme noir, d’un Africain En guerre contre les totalitarismes et terrorisme du XX et XXIème siècle
Celle d’un homme
D’un homme à la peau noire et aux cheveux crépus
D’un Africain et homme
D’un homme africain
D’un être humain

Wole Soyinka ne se contente pas de rappeler l’exigence et l’urgence que constitue la fin de l’apartheid en Afrique du sud. Il rappelle à notre mémoire les mensonges,  les « fantasmes vieux de plusieurs siècles » sur l’Afrique et les africains, portés par des intellectuels de renom. Il cite le philosophe allemand Friedrich Wilhelm Hegel, qui prétendait  que l’Africain n’était pas encore parvenu à la « connaissance d’un Etre absolu, autre et supérieur à son moi individuel […]». L’expressionisme européen, courant artistique apparu au début du XXème siècle, est également passé au crible.
Là encore, la contribution de l’art africain au savoir universel est un savant mélange de fantasmes délirants et de regards qui peinent à percevoir la réalité africaine sans exaltation et frénésie ; la cantonnant par là même à un universalisme étrange, suspect.

Un tel discours résonne de façon différente aujourd’hui. Nelson Mandela s’est éteint il y a quatre ans de cela à Johannesburg et en Afrique du sud, l’Histoire a fait ses preuves et panse encore les maux du passé.  Peut-on pour autant s’abstenir aujourd’hui d’une voix telle que celle de Wole Soyinka ? Ma réponse est non. Les écrivains comme lui font partie d’une race à part qui prête sa voix aux murmures accrus de ce monde.

Que son passé parle à son présent s’inscrit dans une tradition “ à laquelle personne ne se soustrait depuis près d’un demi-siècle ” affirme Eglal Errera.
Les conférences Nobel sont généralement prononcées lors d’une cérémonie de remise du prix. L’attribution d’un prix littéraire confère à celui ou celle qui le reçoit un certain pouvoir symbolique dont la puissance réside dans la légitimation de la parole. L’écrivain primé n’écrit plus seulement avec sa plume, à l’abri des regards indiscrets. Sa voix est sollicitée publiquement, elle est à entendre. Elle peut-être encensée ou huée, mais elle est indéniablement une voix qu’on entend dans un espace autre que celui du livre. Est-elle effectivement entendue ? La question primordiale est bien celle-ci.

G.B

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